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Etude du suivi du regard (eye-tracking) et ergonomie des sites Web - 3eme partie Imprimer Envoyer
Lundi, 29 Octobre 2001 01:00
Le présent commentaire a été suscité par la publication récente d'articles dans diverses magazines grand public traitant de l'étude du suivi du regard sur le Web. Fidèle à sa vocation, l'équipe de lergonome.org voulait apporter quelques précisions aux non spécialistes de l'ergonomie sur l'usage qu'il peut être fait de cette technologie pour mieux connaître le comportement des internautes et plus particulièrement sur les possibilités de généralisation des résultats.
Etude du suivi du regard (eye-tracking) et ergonomie des sites Web - 3ème partie

Cet article clôture cette série de 3 articles sur la cognition. Nous y traitons de l'usage d'outils d'exploration visuel pour l'amélioration de page Web.

Introduction           Haut de page
Le présent commentaire a été suscité par la publication récente d'articles dans divers magazines grand public traitant de l'étude du suivi du regard sur le Web. Fidèle à sa vocation, l'équipe de lergonome.org voulait apporter quelques précisions aux non spécialistes de l'ergonomie sur l'usage qu'il peut être fait de cette technologie pour mieux connaître le comportement des internautes et plus particulièrement sur les possibilités de généralisation des résultats. Ces précisions nous semblaient nécessaires pour que vous puissiez porter un autre regard sur ces études et ne pas vous laisser éblouir par le côté spectaculaire de cette technologie. Il ne s'agit donc pas ici de faire une revue exhaustive des études réalisées en ergonomie du Web ou en ergonomie cognitive à l'aide de la technique du suivi du regard mais plutôt de commenter les résultats et les méthodologies employées dans certaines de ces études.

Les études sur l'exploration visuelle de page Web peuvent nous aider à évaluer leur qualité ergonomique et à faire certains choix de conception (positionnement des éléments les uns par rapport aux autres, nombre d'éléments à positionner pour qu'ils soient perçus, etc.). Ces études sont donc très importantes (notamment pour l'achat d'espaces publicitaires). Mais pour que les données soient valides et généralisables, les études doivent être bien conçues du point de vue méthodologique.


Comment fonctionnent les systèmes de suivi du regard ?
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Les systèmes d'enregistrement du suivi du regard ont beaucoup évolué au cours des dernières années. Les systèmes sont ainsi devenus plus souples et surtout moins contraignant et moins invasifs pour les participants.

Parmi les techniques d'enregistrement de la position du regard, la technique du reflet cornéen est sans doute la plus utilisée en ergonomie car elle permet notamment une bonne précision des mesures tout en laissant le participant libre de ses mouvements (voir Baccino & Colombi, 2001, pour une description des autres techniques d'enregistrement ; et Pottier & Neboit, 1995, pour des exemples d'application).

eyetracking3_1.jpg


Figure 1. Exemple d'installation pour
l'étude du suivi du regard sur écran
de visualisation (source :
www.a-s-l.com).

La technique du reflet cornéen consiste à envoyer des faisceaux de lumière infrarouge émis par un ensemble de diodes au centre de la pupille. Les reflets infrarouges renvoyés par la cornée de l'oeil sont ensuite détectés et permettent, après calcul, de repérer le centre de la pupille et de connaître la position de fixation de l'oeil sur une cible. De nombreux systèmes se basent sur ce principe. La Figure 1 illustre une situation de test qui utilise une caméra vidéo dotée de diodes infrarouge (Figure 2) qui filme l'oeil.

Figure 2. Caméra muni de diodes infrarouges

Figure 2. Caméra muni de diodes infrarouges
(source :
www.a-s-l.com).

Comme on peut le constater, cette situation de test, où la participante est libre de ses mouvements de tête, bien qu'elle reste assise devant son écran d'ordinateur, contraste avec d'autres situations où les participants doivent se déplacer dans l'environnement. Dans ces situations, les équipements sont un peu plus intrusifs. C'est le cas du dispositif illustré à la Figure 3 qui permet d'enregistrer les scènes dans lesquelles les participants se déplacent.



Figure 3. Système mobile de suivi du regard (source http://www.a-s-l.com).

Figure 3. Système mobile de
suivi du regard (source :
www.a-s-l.com).

Ces dispositifs sont donc utilisés dans des contextes différents. Dans le cas de la Figure 1, le système d'enregistrement permet de savoir où se pose le regard de la participante sur l'écran. Si cette dernière regarde sur le clavier ou à côté de l'écran, le système ne sait plus dire où se pose le regard. Ce système possède donc des limites mais peut être très bien adapté à certaines situations de tests comme celles qui concernent l'exploration des sites Web.

Que fait-on de l'enregistrement de la position du regard ?           Haut de page
Les systèmes de suivi du regard sont généralement vendus avec des logiciels d'analyse des données. Ces logiciels permettent de tracer les parcours oculaires sur une surface donnée et fournissent des indications telles les fréquences de fixations visuelles sur diverses zones de l'écran (je vous épargne ici toutes les étapes et manipulations logicielles pour faire apparaître ces tracés...).

Prenons un site au hasard... (voir Figure 4).

Figure 4. Tracé de l'exploration visuelle d'une page Web.

Figure 4. Tracé de l'exploration visuelle d'une page Web.

Imaginez que nous ayons enregistré les points de fixation d'un internaute sur cette page d'accueil. Une fois l'enregistrement terminé on fait apparaître le tracé des fixations visuelles sur cette même page (Figure 4). Rappelons toutefois qu'il s'agit là du parcours visuel d'un internaute. Mais sommes nous intéressés par les parcours d'un seul individu ? Ne serait-il pas plus intéressant d'avoir des " patterns " d'exploration.
En d'autres termes, n'y a-t-il pas des parcours qui seraient spécifiques à certaines catégories d'internautes ou des parcours qui seraient liés à des objectifs d'exploration particuliers ?

Malheuresement, il n'est pas possible de répondre à ces questions avec les logiciels fournis. Pour ce faire il vous faudra traiter les données à l'aide d'autres logiciels d'analyse statistiques et réaliser des classifications de " patterns " (voir par exemple Rousseau, Loslever, & Angué, 1995). évidemment, ces analyses sont plus longues et donc plus coûteuses.
Mais, me direz-vous, on peut toujours obtenir des données statistiques sur les zones explorées. Vous avez raison. Les logiciels fournis vous permettent en effet de définir des zones " d'intérêt ". Sur la Figure 4, ces zones sont indiquées par des rectangles de couleur (rouge, bleu et vert). à l'aide de ces zones, vous obtenez des fréquences de fixation pour chacune des zones. Vous pouvez par ailleurs calculer le pourcentage d'internautes ayant regardé chacune de ces zones. Ces données sont intéressantes, non ?

Peut-on généraliser les résultats ?           Haut de page
Mais au fait, la présentation statique d'une page d'accueil est-elle représentative des situations " naturelles " d'exploration de sites Web ?
  • Combien de fois avez-vous été confrontés à des pages Web sans pouvoir faire défiler l'ascenseur lorsque les pages ne pouvaient être affichées entièrement dans la navigateur ?
  • Combien de fois vous êtes vous retrouvé sur une page d'accueil complètement par hasard sans objectif de consultation ?
Voilà, nous y sommes ! La consultation de sites Web est généralement motivée. Vous cherchez une information précise (l'adresse d'un hôtel à moins de 600 Francs dans le 5ème arrondissement de Paris), ou vous souhaitez acheter quelque chose (ex., le dernier CD du groupe Coldplay que vous connaissez). Il y a fort à parier que dans ces situations le comportement visuel des internautes sera différent. Les différentes zones de la page pourront alors être explorées différemment. Pourquoi alors ne pas réaliser ce type d'études plus " naturelles ", plus " écologiques " ?

Ma réponse est qu'elles nécessitent plus de temps, à la fois pour la passation des tests, et plus de temps pour l'analyse des données. Car ces dernières études nécessitent l'enregistrement vidéo des séances de test et le codage subséquent de ces enregistrements. Pourquoi des enregistrements vidéo ? Regardez à nouveau la Figure 4. Que se passera-t-il si on descend l'ascenseur ? Et bien le contenu de la zone d'intérêt indiquée en rouge changera (voir Figure 5). Les logiciels actuels ne savent pas gérer ces situations. Ils permettent certes d'indiquer des changements de contenu, mais le nombre est limité et insuffisant dans le cas d'une navigation " réelle " dans un site Web. On nous annonce des logiciels qui pourront réaliser ce genre de choses mais pour l'heure... la seule chose que nous puissions faire consiste à enregistrer sur bande vidéo à la fois le contenu de l'écran et la position du regard. Par la suite, ces enregistrements seront codés, souvent à l'aide de logiciels spécialisés (ex., The Observer, www.noldus.com). Ce codage consistera à indiquer le début et la fin des fixations visuelles sur des éléments définis en fonction des objectifs de l'étude.

Ces analyses sont coûteuses car elles prennent du temps. Les durées de fixations ne sont pas calculées automatiquement mais " manuellement ".

Figure 5. Contenu des zones d'intérêt après avoir déplacé la barre d'ascenseur.

Figure 5. Contenu des zones d'intérêt après
avoir déplacé la barre d'ascenseur


Pour finir...           Haut de page
L'usage du suivi du regard peut constituer un outil intéressant pour l'étude des comportements visuels des internautes. Mais comme tout outil il ne saurait répondre à toutes les questions. Par ailleurs, l'interprétation des résultats doit être "prudente".
  • Le fait de ne pas avoir fixé un élément signifie-t-il que cet élément n'a pas été perçu ?
  • Combien de temps doit-on fixer un point pour que l'information soit traitée ?
L'exploration visuelle d'une page Web peut être guidée par l'organisation des éléments de la page mais cette exploration est aussi guidée par des objectifs. Le comportement d'exploration visuel n'est pas " passif ". C'est notamment ce que montre les résultats des études sur les pages d'accueil.

Pour bien comprendre le comportement des internautes et concevoir des sites qui soient adaptés aux objectifs que ces derniers poursuivent, les études devront être plus réalistes et mieux contrôlées. Il s'agit ici d'observer des internautes lors de la réalisation de tâches représentatives de celles pouvant être menées sur les sites. Mais la conduite de ce genre d'études est un autre thème que nous aborderons bientôt...


Pour en savoir davantage...           Haut de page
Baccino, T., & Colombi, T. (2001). L'analyse des mouvements des yeux sur le Web. In A. Vom Hofe (Ed.), Les interactions homme-système : perspectives et recherches psycho-ergonomiques. Paris : Hermès.

Pottier, A., & Neboit, M. (Eds.). (1995). L'analyse ergonomique du travail par l'étude de l'exploration visuelle. Toulouse : Octares.

Rousseau, F., Loslever, P., & Angué, J.-C. (1995). L'exploration visuelle d'images publicitaires. In A. Pottier & M. Neboit (Eds.), L'analyse ergonomique du travail par l'étude de l'exploration visuelle (pp. 37-56). Toulouse, France : Octares.


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