Menu Content/Inhalt
Quelques recommandations pour la rédaction de contenus Web Imprimer Envoyer
Mardi, 27 Novembre 2001 01:00
Vous passez sans doute, comme bon nombre de personnes, plusieurs heures par jour devant votre écran d'ordinateur à chercher de l'information sur Internet, à parcourir des pages Web, à lire vos méls, à répondre à ces derniers et à rédiger des textes. La lecture et la rédaction de texte à l'écran s'accompagne de la lecture de textes imprimés, de rédaction de notes manuscrites, bref de tout un ensemble d'activités annexes. Mais qu'est-ce qui fait qu'on décidera d'imprimer un document plutôt que de le lire à l'écran ? à partir de quelle quantité d'information un site Web, vous semblera-t-il trop dense ?


Introduction           Haut de page
Peut-on mettre en ligne des contenus, sans les adapter à ce média particulier qu'est le Web ? Cette question est vaste et touche non seulement le contenu en tant que tel, mais aussi sa mise en forme. En d'autres termes, cette question touche à la fois les aspects de lisibilité (legibility) comme par exemple la taille des caractères affichés, l'espacement des lettres, l'espacement des mots et des lignes, la typographie, la longueur des lignes, les niveaux de titre (voir à ce propos l'article de Kahn & Lenk, 1998) mais aussi des aspects cognitifs liés à la lecture d'un contenu (lire quoi et pour quoi faire).

Il ne s'agit pas ici de couvrir l'ensemble des articles publiés sur ce thème mais de mettre en lumière des facteurs déterminant la «lisibilité» des contenus Web et de proposer quelques recommandations pour la rédaction de contenus Web.

Comment définit-on la lisibilité ?           Haut de page
La première difficulté que nous rencontrons lorsque l'on tente de parler de lecture à l'écran est l'usage du terme «lisibilité».

Au sens strict du terme, il s'agit de savoir si un texte peut-être lu. La taille des caractères ou encore le fond utilisé pour afficher le texte permet-il à ce dernier d'être lu ? Une autre acception du terme concerne la facilité de lecture associée au caractère «agréable» ou «plaisant» d'un contenu.

En anglais, comme le rapporte Morin, Sallio et Kretz (1982), on utilise :
  • «legible» pour désigner la lisibilité matérielle, typographique d'un texte.
  • «readability» pour désigner la dimension intellectuelle et psychologique lié au processus de compréhension d'un texte lu.
TimbalDuclaux (1985) a proposé à ce sujet les termes de «lisable / inlisable» pour distinguer l'aspect intellectuel de l'aspect matériel «lisible / illisible».

Enfin, un autre aspect concerne la facilité de compréhension qui peut être déterminée par le style et le vocabulaire utilisé. Aussi, un contenu mis en ligne devra être organisé et cette organisation rendue explicite. Le lecteur devra pouvoir explorer cette structure et lire le contenu. Le contenu Web devra donc être facile à lire, facile à explorer et facile à comprendre (Zibell, 2000).

Finalement, lorsque l'on analyse ces aspects, ils nous rapprochent de la définitions de l'utilisabilité.

Que sait-on du comportement de lecture à l'écran ?         Haut de page
Les études réalisées sur la comparaison de la lecture de documents présentés sous forme papier et sous forme électronique datent des années '80. On s'est intéressé à la vitesse de lecture, à l'exactitude de la correction d'épreuves et à la compréhension (pour un état de l'art de ces études, voir : Dillon, 1992; Haas, 1992). Bien que certaines de ces études présentent des différences entre la lecture de documents papier et en ligne, les résultats sont très souvent peu probants et incohérents. Les seuls résultats cohérents concernaient la vitesse de lecture. Or, il semblerait que la qualité de certains dispositifs d'affichage tendrait à réduire les différences (Gould et al., 1987; Muter, Latremouille, Treunit, & Beam, 1982), voire à les éliminer (Muter & Maurutto, 1991).

Mais cette absence de résultats probants viendrait-elle des situations expérimentales ? Ces dernières sont-elles représentatives des activités quotidiennes de lecture sur papier et sur écran ? Mais quelles sont ces activités ?
D'après O'Hara (1996) plusieurs manières de lire peuvent être identifiées. Il y aurait :
  • la lecture «réceptive» c'est-à-dire une lecture assez proche du comportement d'écoute,
  • la lecture «réflexive» qui nécessite des interruptions permettant la réflexion,
  • le «parcours» (skim reading) qui consiste à lire rapidement afin d'avoir une idée globale du contenu. C'est ce type de lecture qui permet au lecteur de décider si le texte mérite une lecture attentive,
  • le «balayage», qui consiste à parcourir le texte afin de savoir si une information est présente ou pour localiser une information dont on sait qu'elle fait partie du texte.
La plupart du temps ces activités de lecture sont accompagnées d'activités telles que :
  • le surlignage,
  • la prise de note,
  • le résumé,
  • et la représentation graphique.

La question que l'on peut ensuite se poser concerne les raisons de la lecture. Pourquoi lit-on ?
  • pour apprendre ?
  • pour se renseigner ?
  • pour répondre à des questions ?
  • pour résumer ?
  • pour alimenter une discussion ?
  • pour corriger des épreuves ?
  • pour faire ? (une recette de cuisine, monter un meuble, etc.)
  • pour écrire ou modifier un document ? (ce que je fais actuellement...)
  • pour critiquer ?
  • etc.

On voit bien à partir de ces éléments que selon les objectifs de lecture et en fonction des activités qu'elle met en oeuvre, la présentation à l'écran ne sera pas forcément la meilleure solution. C'est pourquoi les textes longs et les documents transmis électroniquement sont aussi présentés dans des formats qui permettent de les imprimer. Ces objectifs de lecture et les manières de lire permettent de comprendre l'évolution des «e-books» (ces livres électroniques) bien que cette évolution n'ait pas encore réussie à convaincre les acheteurs...


Et que sait-on de la lecture sur le Web ?           Haut de page
Sur le Web, 79% des lecteurs aurait une lecture de type «balayage».
La lecture sur écran serait plus lente de 25% comparativement à la lecture papier. De plus les internautes ne semblent pas aimer le défilement des pages longues. Cela implique que les contenus doivent être courts et bien organisés, l'information importante devant être présentée en haut des pages.
Compte tenu de ces données, voici quelques recommandations.


Quelques recommandations           Haut de page
Parce que les lecteurs «balayent» les pages Web il conviendra d'être (Henning, 2000, 2001; Morkes & Nielsen, 1998; Nielsen, Schemenaur, & Fox, 1998) :

1. clair
La clarté peut être difficile à évaluer. Dans tous les cas, cette évaluation devrait se faire du point de vue utilisateur et non pas du point de vue du rédacteur. Vos textes et vos messages devraient être lus par des personnes pouvant faire partie de vos lecteurs.

2. pertinent
Encore une fois la pertinence est extrêmement difficile à évaluer. Cette évaluation devra se faire avec des représentants de votre audience cible. Diverses méthodes peuvent ici être mises en oeuvre, notamment des «focus groups», etc.

3. bref
De manière générale, un texte en ligne devrait contenir la moitié moins de mots qu'un texte imprimé. Le plus souvent toutefois, un quart voire un dixième de la longueur d'un texte imprimé sera plus approprié. Cette réduction du nombre de mots ne devra pas se faire au détriment de la clarté. La brièveté pourra se faire :
  • en éliminant les mots superflus,
  • en gardant les phrases courtes et simples,
  • en présentant une idée par paragraphe,
  • en utilisant des sous-titres clairs, explicites et pertinents qui permettent aux lecteurs d'avoir une vue d'ensemble du contenu,
  • en présentant des mots ou des phrases importants sous forme de listes à puces. L'utilisation des listes à puces permet d'organiser l'information et de la mettre en évidence.
4. «balayable» (scanability) et lisible (readability)
Parce que les lecteurs balayent les pages Web, cette activité devrait être facilitée. Dans la mesure du possible, le texte devra être découpé en utilisant des titres et sous-titres, et de nombreux paragraphes. Par ailleurs on prendra soin de :
  • mettre l'information importante en début des phrases et les phrases importantes en début de paragraphes,
  • d'utiliser le terme le plus court possible,
  • d'éviter les périphrases,
  • d'utiliser la forme active (et non passive).
5. cohérent
La navigation, la terminologie et le style devraient être cohérents à travers le site.

6. sans erreurs
Le texte devra évidemment être exempt d'erreurs grammaticales, orthographiques et typographiques. Bien que tous les lecteurs ne fassent pas attention à ces erreurs, ces dernières laissent une mauvaise impression à ceux qui les découvrent. *

7. d'une profondeur limitée
Votre texte ne devrait pas comporter plus de 4 niveaux de profondeur sur le Web.

Par ailleurs, l'application des recommandations suivantes devraient aussi augmenter la qualité des pages Web (Leulier, Bastien, & Scapin, 1998).
  • Le style italique est moins lisible que le style «normal», on l'utilisera donc avec parcimonie.
  • Les mots écrits en lettres minuscules sont plus faciles à lire que ceux écrits en lettres capitales.
  • Le contraste texte/fond doit être soutenu, mais on évitera les couleurs complémentaires.
  • Ne pas utiliser plus de 3 polices de caractères différentes.
  • Les lignes de texte doivent comporter entre 40 et 70 caractères, de préférence au moins 50.
  • Le texte clignotant doit être évité.
  • L' « underscore » '_' et le soulignement doivent être évités car les textes dans lesquels on les retrouvera pourront être confondus avec des liens.

  • Le texte ne doit pas défiler. Le rythme de la lecture ne doit pas être déterminé par le site Web mais par l'utilisateur.
  • La dernière recommandation, sans doute la plus importante : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais... ;-) »


Pour en savoir davantage...           Haut de page
Dillon, A. (1992). Reading from paper versus screens: a critical review of the empirical literature. Ergonomics, 35, 1297-1326.

Gould, J. D., Alfaro, L., Barnes, V., Finn, R., Grischowky, N., Minuto, A., & Salaun, J. (1987). Reading is slower from CRT displays than from paper: attempts to isolate a single variable explanation. Human Factors, 29, 269-299.

Haas, C. (1992). Writing technology: studies on the materiality of literacy. Mahwah, NJ: Erlbaum.

Henning, K. (2000, December 12). The seven qualities of highly successful Web. clickz.com. Disponible à l'adresse suivante: http://www.clickz.com/design/onl_edit/print.php/833861.

Henning, K. (2001, February 6). Writing for readers who scan. clickz.com. Disponible à l'adresse suivante: http://www.clickz.com/design/onl_edit/print.php/836621.

Kahn, P., & Lenk, K. (1998, november december). Principles of typography for user interface design. Interactions, V, 15-29.

Leulier, C., Bastien, J. M. C., & Scapin, D. L. (1998). Compilation of ergonomic guidelines for the design and evaluation of Web sites. Commerce & Interaction Report. Rocquencourt, France: Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique.

Morkes, J., & Nielsen, J. (1998). Applying writing guidelines to Web pages. In C.-M. Karat & A. Lund & J. Coutaz & J. Karat (Eds.), Proceedings of the Conference on Human Factors in Computing Systems. CHI'98 Summary (Los Angeles, CA, 18-23 April) (pp. 321-322), New York, NY, ACM.

Muter, P., Latremouille, S. A., Treunit, W. C., & Beam, P. (1982). Extended reading of continuous text on television screens. Human Factors, 24, 501-508.

Muter, P., & Maurutto, P. (1991). Reading and skimming from computer screens and books: The paperless office revisited? Behaviour and Information Technology, 10(4), 257-266.

Nielsen, J., Schemenaur, P. J., & Fox, J. (1998). Writing for the Web. Sun.com. Disponible à l'adresse suivante: http://www.sun.com/980713/webwriting/.

O'Hara, K. (1996). Towards a typology of reading goals (Technical Report EPC-1996-107). Cambridge: Rank Xerox Research Centre. (PDF, 56 Ko)

Zibell, K. (2000). Most readability principles apply to Web-site design. Klare's «Useful Information» is useful for Web designers. ACM Journal of Computer Documentation, 24(3), 141-147.

Haut de page
 
designed by made your web.com