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Les Critères Ergonomiques (1ere partie) Imprimer Envoyer
Mardi, 08 Avril 2003 02:00

Ce premier article sur les Critères Ergonomiques aborde les méthodes d'évaluation des systèmes interactifs. Plus précisément, cet article présente les méthodes requérant la participation directe des utilisateurs. Cet article sera suivi d'un article qui présentera les méthodes d'évaluation ergonomique qui s'appliquent aux caractéristiques des interfaces.

Les méthodes d'évaluation ergonomique des logiciels interactifs

On ne peut présenter les Critères Ergonomiques sans aborder, dans un premier temps, les méthodes d'évaluation des systèmes interactifs (ex., sites Web, logiciels, applications nomades, applications vocales, Minitel, etc.).

Les méthodes d'évaluation des systèmes interactifs actuellement disponibles sont nombreuses et variées. Toutes présentent des avantages et des inconvénients et aucune d'elles ne peut prétendre à une évaluation complète de l'interface (non seulement la présentation des informations mais aussi la navigation, le repérage au sein de l'application, ...).
On distingue généralement deux grandes catégories de méthodes :
  • les méthodes requérant la participation directe des utilisateurs,
  • et les méthodes s'appliquant aux caractéristiques de l'interface.
La première catégorie comprend notamment les tests utilisateurs, les outils logiciels, les questionnaires et les entretiens. La deuxième catégorie comprend pour sa part les modèles, méthodes et langages formels, le recours à l'expert, les méthodes d'inspection et les outils d'évaluation automatique.


Les méthodes requérant la participation directe des utilisateurs

Dans cette catégorie de méthodes, l'utilisateur est la source des données de l'évaluation. Deux sous-classes peuvent être identifiées : une première où l'utilisateur interagit avec le système (les tests d'utilisation), et une deuxième où l'utilisateur est questionné à propos de l'interface (questionnaires et entretiens) suite à une interaction avec le système interactif.

Les tests utilisateurs
Lors des tests d'utilisation (user testing) ou tests d'usage, un ou plusieurs utilisateurs participent à l'exécution de tâches représentatives des tâches réelles (selon des scénarios définis avant le test) ou encore, à l'exploration libre commentée (voir à ce propos [2] et [6]). Ces deux approches donnent des résultats différents mais complémentaires. Cette dernière approche est particulièrement utilisée dans le cas des sites Web (voir [1], pour une présentation des méthodes d'évaluation des sites Web). Ces tests peuvent être menés sur le terrain ou dans un environnement qui recrée autant que possible l'environnement réel du travail quand ce dernier ne permet pas la conduite de tests.

Dans ce type d'évaluation, les sessions de test sont généralement enregistr&eacutees sur support vidéo. On s'intéresse aux performances et aux comportements des utilisateurs lors d'interactions avec le système. On mesurera par exemple, selon le contexte de l'étude, le temps ou le nombre d'actions requis pour l'exécution d'une tâche, l'exactitude du résultat, le nombre d'erreurs commises, leur type, la position du regard sur l'écran et/ou sur les différents dispositifs d'entrée/sortie de données (souris, clavier/moniteur,...), etc.

Il s'agit donc ici, à partir des indices comportementaux et de performance, d'identifier les choix de conception (par exemple la structure des menus, les libellés des options de menus, les messages d'erreurs, etc.) qui peuvent entraîner des erreurs d'utilisation, susciter des interrogations ou hésitations, alourdir l'utilisation de l'application, etc. S'il s'agit ici d'évaluer la qualité d'un système donné, les résultats des tests d'utilisation peuvent aussi permettre de comparer la qualité ergonomique de systèmes concurrents. On parle alors de « benchmark » ou d'évaluation comparative.

Les outils logiciels : Les évaluateurs disposent d'outils extrêmement utiles à la fois pour l'enregistrement des comportements ou des traces du comportement des utilisateurs tout comme pour le codage et pour l'analyse de ces derniers. Bien que l'enregistrement des comportements des utilisateurs puisse se faire à l'aide de techniques assez simples comme les grilles d'observation (sur papier ou en format électronique), cette technique peut, dans certains contextes s'avérer fort limitée, voire inapplicable. C'est le cas notamment des situations où les comportements sont très fréquents ou très rapides (par exemple appuis sur les touches du clavier, prise d'information visuelle furtive, etc.).

Parmi les outils d'usage relativement courants (autres que l'enregistrement vidéo) pour le recueil et l'analyse des données, on peut noter les mouchards électroniques qui permettent d'enregistrer tous les événements utilisateurs (lancement d'applications, ouverture de fenêtres, sélection d'options de menus, etc.). Certains de ces outils sauvegardent les événements, tout comme leurs moments d'occurrence, dans des fichiers (log files). À partir de ces fichiers, des données descriptives sont calculées (durées moyennes, fréquences, fréquences relatives, etc.) pour chaque événement et des données sur l'organisation temporelle de ces événements peuvent aussi être fournies. C'est le cas notamment d'ErgoLight (www.ergolight-sw.com). Dans le cas du Web, par exemple, ces log files permettent d'identifier des patterns de navigation et ce à partir des requêtes adressées aux serveurs (voir l'article sur l'utilisation des log files).

Lorsque l'interaction entre utilisateurs et systèmes interactifs est enregistrée sur vidéo, se pose le problème et surtout la difficulté du codage de ces enregistrements. Des logiciels comme « The Observer » (www.noldus.com) permettent d'assister l'évaluateur. Ce logiciel permet en effet de définir les comportements à identifier (grille d'analyse) et de piloter le magnétoscope ou la séquence vidéo numérisée. L'identification du début et de la fin des comportements s'en trouve facilitée puisque la bande vidéo peut être codée image par image, ce qui permet une très grande précision. Ce type d'outil est cependant lourd à utiliser (formation, temps d'analyse, ...) et est généralement réservé à des études plus longues que celles généralement demandées aux ergonomes en cours de conception ou d'évaluation (elle est plus généralement utilisée en recherche).

Les questionnaires et les entretiens. Les questionnaires et les entretiens permettent le recueil de données subjectives relatives aux attitudes, aux opinions des utilisateurs et à leur satisfaction. Ces données sont généralement utilisées pour compléter les données objectives recueillies lors des tests d'utilisation. Certains de ces questionnaires sont présentés sous forme logicielle et peuvent être administrés sur site Web (Le lecteur pourra trouver une version Web des questionnaires les plus connus sur le site de G. Perlman : http://www.acm.org/~perlman/question.html). La conception de ce type d'instrument nécessite des compétences et connaissances particulières (voir à ce propos [3]) pour assurer notamment la validité et la fiabilité de ces instruments.

La plupart du temps, les utilisateurs sont invités à répondre à toutes les questions ou à indiquer, pour chacune des affirmations présentées, s'ils sont en désaccord ou en accord sur une échelle en 5, 7 ou 9 points. Si certains sont relativement simples et faciles à administrer, d'autres sont par contre plutôt lourds. Le Nielsen's attribute of usability (NAU, [5]) par exemple, ne comporte que cinq énoncés (par exemple « le système est facile à apprendre ») et l'utilisateur doit indiquer sur une échelle en sept points si le système est « Mauvais » ou « Bien » pour chacun des énoncés. À l'opposé, le PUTQ (Purdue Usability Questionnaire, [4]) comporte 100 questions organisées autour de huit dimensions (Compatibilité, Cohérence, Flexibilité, Facilité d'apprentissage, Actions minimales, Mémorisation, Limite perceptives, Guidage). Ici encore les utilisateurs doivent répondre aux questions (par exemple « Les actions requises sont-elles cohérentes ? ») sur une échelle en 7 points allant de « Mauvais » à « Bien ».
Si ces questionnaires concernent généralement les applications « standards » certains questionnaires ont été spécialement adaptés au Web. C'est le cas notamment du WAMMI (Website Analysis and MeasureMent Inventory) [7]. Il s'agit d'un questionnaire en ligne permettant aux utilisateurs de « noter » l'utilité et l'utilisabilité du site sur lequel il est implémenté. Le questionnaire est composé d'affirmations portant sur l'attrait (Attractiveness), le contrôle (Control), l'efficacité (Efficiency), l'utilité/aide (Helpfulness) et la facilité d'apprentissage (Learnability).

Dans la suite de cet article nous aborderons les méthodes s'appliquant aux caractéristiques de l'interface...

Pour en savoir davantage...

Cet article est un extrait de : Bastien, J. M. C., & Scapin, D. L. (2001). Évaluation des systèmes d'information et Critères Ergonomiques. In C. Kolski (Ed.), Systèmes d'information et interactions homme-machine. Environnement évolués et évaluation de l'IHM. Interaction homme-machine pour les SI (Vol. 2, pp. 53-79). Paris : Hermes.
Le lecteur y trouvera de plus amples informations et de nombreuses références.

[1] Bastien, J. M. C., Leulier, C., & Scapin, D. L. (1998). L'ergonomie des sites web. In J.-C. Le Moal & B. Hidoine (Eds.), Créer et maintenir un service Web (pp. 111-173). Paris : ADBS.

[2] Dumas J.S. & Redish J.C. (1993). A practical guide tu usability testing. Norwood, New Jersey: Ablex Publishing.

[3] Kirakowski J. (2000). Questionnaires in usability engineering. A list of frequently asked questions (3rd ed.). Disponible à l'adresse suivante : http://www.ucc.ie/hfrg/resources/qfaq1.html.

[4] Lin H.X., Choong Y.-Y. & Salvendy G. (1997). A proposed index of usability: a method for comparing the relative usability of different software systems, Behaviour & Information Technology, 16, 267-278.

[5] Nielsen J. (1993). Usability engineering. San Diego, CA: Academic Press.

[6] Rubin J. (1994). Handbook of usability testing. How to plan, design, and conduct effective tests. New York, NY: Wiley & Sons.

[7] WAMMI - Q - 2.3 EN (c) Copyright HFRG Ireland and Nomos Management AB Sweden, 1998. Informations sur l'Internet - http://www.ucc.ie/hfrg/questionnaires/wammi/index.html
 
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