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L'ergonomie des logiciels interactifs : une question de méthode Imprimer Envoyer
Dimanche, 24 Octobre 2004 02:00
En dépit des objectifs affichés, c'est-à-dire la conception de systèmes interactifs utiles, faciles et agréables à utiliser, les équipes de conception et de développement appliquent rarement les méhodes éprouvées de la recherche pour guider leurs choix. Cette série d'articles présentera ces méthodes et tentera de montrer l'importance de leur application.
Bien que la méthode des tests utilisateurs soit « populaire » du moins chez les grandes entreprises de développement de logiciels (ex., Apple, Microsoft) et de produits grand public (ex., Bouygues, Compaq, DEC, France Télécom, Kodak, SFR, etc.) (voir à ce propos l'ouvrage de Wicklund, [9]), les efforts consentis concernent généralement l'évaluation des produits finis. Il s'agit alors d'évaluer la conformité des produits aux différentes normes ou guides de style disponibles. La plupart des équipes appliquent rarement des méthodes ergonomiques en conception et en développement et ce, en dépit des données indiquant par exemple que l'analyse des tâches et de l'activité des futurs utilisateurs associée à de l'évaluation itérative en cours de développement augmente de façon substantielle l'efficacité et l'acceptabilité des systèmes interactifs. Par ailleurs, il a aussi été démontré que les évaluations informelles conduites par des concepteurs, des développeurs (cf. [5]), des « marketeurs » et même des utilisateurs ne fournissent pas des données suffisamment fiables et précises pour augmenter la qualité ergonomique des systèmes interactifs.


Pourquoi l'évaluation ne fait-elle pas plus souvent partie intégrante du cycle de conception ?

Une partie de la réponse se trouve dans la résistance de l'encadrement qui ne voit pas bien ce qu'apportent les méthodes ergonomiques, convaincu que les développeurs savent développer les interfaces et qu'ils n'ont rien à apprendre des ergonomes. Mais une autre partie de la réponse provient aussi des attitudes et comportements de certains ergonomes qui demandent des ressources matérielles (équipements, procédures, etc.) et personnelles qui vont bien au-delà de ce qui est strictement nécessaire pour guider la conception. La démarche ergonomique apparaît alors comme trop coûteuse par rapport à ce qu'elle peut apporter.
Mais deux autres raisons peuvent expliquer cette situation. La première tient au fait très humain que les gens s'imaginent pouvoir expliciter les déterminants de leurs propres comportements. Or l'expérience nous montre que tel n'est pas le cas. La deuxième raison concerne la tendance que nous avons à penser que ce qui est vrai pour nous l'est forcément pour les autres et à sous-estimer la variabilité comportementale interindividuelle. En d'autres termes, lorsque nous n'avons pas de difficultés avec un logiciel donné, nous avons tendance à penser que les autres n'en auront pas davantage et inversement. Or les recherches ayant démontré l'importance des différences individuelles sont nombreuses (ex., [1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8]).
Quoi qu'il en soit, l'amélioration de la qualité ergonomique des systèmes interactifs ne peut se passer des méthodes de recherches comportementales. Ces dernières doivent cependant être adaptées au domaine de l'ergonomie des logiciels. En effet, si les sciences du comportement et la psychologie expérimentale proposent de nombreux plans expérimentaux tels que les plans factoriels (dont nous parlerons dans les articles suivants), d'autres méthodes, davantage observationnelles et exploratoires, pourront être appliquées suivant les objectifs poursuivis. C'est ce que nous verrons dans les prochains articles.


Références

[1] Aykin, N. M., & Aykin, T. (1991). Individual Differences in Human-Computer Interaction. Computers & Industrial Engineering, 20(3), 373-379.

[2] Dillon, A., & Watson, C. (1996). User Analysis in HCI - the Historical Lessons from Individual Differences Research. International Journal of Human-Computer Studies, 45(6), 619-637.

[3] Egan, D. E. (1988). Individual differences in human-computer interaction. In M. Helander (Ed.), Handbook of human-computer interaction (pp. 543-568). Amsterdam, The Netherlands: Elsevier Science.

[4] Jones, G. V., & Martin, M. (2003). Individual differences in failing to save everyday computing work. Applied Cognitive Psychology, 17(7), 861-868.

[5] Nielsen, J. (1989). Usability engineering at a discount. In G. Salvendy & M. J. Smith (Eds.), Designing and using human-computer interfaces and knowledge based systems (pp. 394-401). Amsterdam, The Netherlands: Elsevier Science Publishers.

[6] Ulich, E. (1987). Individual Differences in Human-Computer Interaction: Concepts and Research Findings. In G. Salvendy (Ed.), Cognitive Engineering in the Design of Human-Computer Interaction and Expert Systems (pp. 29-36). Amsterdam: Elsevier.

[7] van der Veer, G. C. (1991). Human-computer interaction from the viewpoint of individual differences and human learning. In J. Rasmussen, H. B. Andersen & N. O. Bernsen (Eds.), Human-computer interaction. Research directions in cognitive science. European perspectives (Vol. 3, pp. 59-94). London, UK: Lawrence Erlbaum Associates.

[8] Westerman, S. J. (1997). Individual Differences in the Use of Command Line and Menu Computer Interfaces. International Journal of Human-Computer Interaction, 9(2), 183-198.

[9] Wicklund, M. E. (Ed.). (1994). Usability in practice. How companies develop user-friendly products. Boston: Academic Press.


 
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